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David
De longues mains graciles pinçant les cordes de sa contrebasse, un casque de boucles brunes, l’air appliqué derrière ses lunettes : le dessin noir et blanc de David Ostromooukhov est une fidèle représentation de l’ami, du fils et du frère, que nous avons côtoyé et chéri. Fauché en 2011 par une tumeur incurable, il aura toujours 23 ans.
Il naît à Paris en 1987. Mais il quitte très tôt la France pour la Suisse, puis les Etats-Unis et le Québec. David a appris tout jeune à jouer de multiples instruments : piano, percussions, basse puis contrebasse. Sa vie musicale débute en famille par les improvisations à la guitare avec ses frère et sœur, sur des airs de Brassens, dans la maison familiale des Cévennes. Elle se poursuit dans l’animation des soirées musicales du lycée Stanislas réunissant élèves et professeurs, et elle va jusqu’aux premiers engagements dans des groupes : « Les Zouaves Chapus » à Montréal, puis, à son retour à Paris, « Les Fabulistes », avec lesquels il se produit entre autres au Bab Ilo. David devient étudiant en classe préparatoire littéraire au Lycée Fénelon puis en philosophie à la Sorbonne ; mais il n’abandonne pas la contrebasse. Dans ses moments de « misologie » (comprendre : haine de la raison), il délaisse ses amitiés philosophiques avec Kant et Descartes et il joue des concerts de jazz endiablés. La musique reste présente pendant les neuf mois de sa maladie : trop affaibli par le cancer, il renonce à la contrebasse, continue de jouer de la guitare et se met au concertina.
Après son décès, des proches et des amis ont voulu lui rendre hommage et créer en son honneur le premier prix en France récompensant de jeunes contrebassistes de jazz, français ou francophones de moins de trente ans. Ce prix qui porte son nom ne vise pas à commémorer la perte, mais à rendre son souvenir vivant et créatif : fidèle à la mémoire de David, à sa sensibilité, ses valeurs et sa bienveillance, il cherche à réunir des personnes qui, certes, ne l’ont pas connu, mais qui partagent avec lui un genre musical et un instrument qu’il chérissait, afin que la musique soit lumière et souffle de vie. Comme l’écrit Avishai Cohen, en introduction à son album From Darkness : « Les ténèbres ne sauraient être un état négatif. Elles portent la substance qui permet d’aller vers la lumière, et sont intéressantes comme tout ce qui implique une transition, un passage, une friction. La musique seule permet d’explorer ce déplacement d’énergie, cette dynamique de vie. »
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